mardi 21 décembre 2010

Le timbre égyptien

Lorsque Mandelstam parle de musique, voilà ce que cela donne:
"Les portées ne caressent pas moins l'œil que la musique elle-même ne flatte l'oreille. Les noires sur leurs échelles montent et descendent comme des allumeurs de réverbères. Chaque mesure est une petite barque chargée de raisins secs et de musca noir.
Une page de musique, c'est d'abord une flotille à voiles rangée en ordre de bataille, puis un plan selon lequel sombre la nuit organisée en noyaux de prunes.
Les chutes fantastiques des mazurkas de Chopin, les larges escaliers à clochetons des études de Liszt, les parcs de Mozart aux treilles suspendues, tremblantes, à cinq fils de fer, n'ont rien de commun avec le buisson nain des sonates de Beethoven.
Les villes de mirage des signes musicaux surgissent comme des petites cages d'étourneaux dans la résine bouillante.
Le vignoble des notes de Schubert est toujours becqueté jusqu'aux pépins et battu par la tempête.
Quand des centaines d'allumeurs de réverbères courent ça et là dans les rues, suspendant des bémols à des crochets rouillés, fixant les girouettes des dièses, faisant descendre des enseignes entières de mesures grêles, c'est certainement Beethoven; mais quand la cavalerie des huitièmes et des seizièmes avec des panaches de papier, des fanions et des petits étendards s'élance à l'attaque, c'est encore Beethoven.
Une page de musique, c'est la révolution dans une vieille ville allemande."

"Le dandysme est un comportement au bord du suicide. C'est le choix d'une attitude, un jeu constant pour échapper à la réalité."

Le dandysme...
Je crois que comme beaucoup de mes activités, c'est devenu un refuge, une protection comme une autre.
A vrai dire, je ne suis pas dandy. Disons que j'ai un vague désir de soigner mon apparence, mon style vestimentaire, mes attitudes et mon langage. Mais je suis bien incapable de finesse ou d'originalité.
Ce que j'apprécie dans le dandysme, c'est la surveillance permanente de soi. Car il faut que me surveille en permanence. Je suis un ascète plus qu'un dandy.
Ce que j'apprécie dans le dandysme, une fois ôtée ma carapace, c'est le style savamment désuet qu'il permet d'entretenir. Je suis un old-fashioned plus qu'un dandy

Bonnes résolutions

Rien n'empêche d'y croire...
L'abbé Mugnier, dans ses bonnes résolutions pour l'année 1884, se promettait de rester le moins de temps possible à la sacristie... Comme ce n'est pas la sacristie qui m'occupe, disons que je tâcherai d'utiliser ce temps à tenir, bon gré mal gré, un blog...
J'aime l'idée d'avoir à aménager ce lieu virtuel. Pour rien. Pour le plaisir de s'épancher, moi qui ne parle pas assez, dit-on. C'est le plaisir des commencements.
Qui sait, peut-être serais-je plus doué pour mes travaux ici que pour ceux que ma chambre de bonne attend désespérément?