lundi 20 juin 2011

Richard Rognet


Chez Richard Rognet, la relation à l’autre occupe une place primordiale. Ce qu’il dit de son désir, de ses aspirations, passe d’abord par la rencontre d’un autre, ou plutôt d’une autre. C’est cette « autre » qui ouvre l’espace du poème. Comme une porte d'entrée qui permet ensuite un partage. Poésie du "tu", qui vient lancer une proposition de dialogue qu'on ne peut rejeter tant il se fait pressant, tant il semble venir du plus intime.
On frôle du doigt l’intemporel, comme « dieu qui nous échappe, mais que nous savons né de nous ». Car, par sa simplicité même la poésie de Richard Rognet vient souligner la fragilité de ce que nous vivons. Fragilité de ce que nous vivons, éphémères que nous sommes. Fragilité de ce qui nous a enfanté.

"Si tu me demandes où
Est la vie promise,
Dans les méandres
Des saisons, un peu
D'ombre sera la réponse"

Cadeau musical: Romance de Polina

Romance tirée de la Dame de pique, de Tchaïkovski,
Interprétée par la divine Irina Arkhipova

Revue des deux mondes 2

Bien décidé à percer un peu l’écorce qui semble s’obstiner sur mes repères culturels, j’ai pris la question dans l’autre sens. Je pourrais décrire en long et en large ce que je fais de « russe » en France, que je n’aurais encore que la moitié des données.
Alors parlons des séjours en Russie. Je m’y rends chaque année, pour fêter Noël et le Nouvel An, ou bien encore pour prendre un peu de repos à la fin de l’été. Je ne peux pas parler de dépaysement, puisque j’ai appris le russe en même temps que le français et que par conséquent, il n’est pas d’obstacle à la compréhension et au déroulement de la vie-même. Tout au plus peut-on noter à chaque fois quelques expressions et tournures nouvelles dont s’enrichit la langue courante mais en quelques jours, on prend le pli et l’on se met à les employer sans difficulté.
Je ne me sens pas pour autant « chez moi ». C’est une situation délicate, car tout en parlant le russe, je n’ai pas grand repère de la société, des pratiques actuelles, des démarches administratives, des horizons de pensée etc. J’en ai acquis certains, mais comme j’ai pu en acquérir en partant étudier en Angleterre. Il n’y a rien de naturel et la Russie reste pour moi un monde étranger. Un monde sur lequel peut s’ouvrir de temps à autre une fenêtre. Littérature, art, histoire… mais n’est-ce pas là un lien qui touche bien souvent à l’universel ?
Il y a beaucoup de raisons à cela. Je suis la troisième génération de la famille à ne pas être né là-bas. Mon grand-père est né en Serbie, ma grand-mère en Italie, mon père en France. La culture russe qu’on m’a transmise est une culture datée, historiquement située. Même mon accent me trahit. J’ai ainsi rencontré un professeur au RGGU, spécialiste de linguistique en général et des accents en particulier qui a réussi à déterminer la provenance de ma prononciation, passage par la Serbie compris.
Moscou, Saint-Pétersbourg, ces villes ont été façonnées, chamboulées par le XXe siècle. Le poids de l’histoire soviétique s’y lit encore, malgré les vingt années écoulées. Alors, s’il est un lieu où je retrouve quelque peu la Russie que je connais, c’est peut-être à Serpukhov, « berceau » de la famille. Et encore, c’est dans le monastère restauré que je me sens chez moi. Avant tout parce que l’encens utilisé est le même qu’à Paris…

mercredi 15 juin 2011

Icône: Silviu Tolu




Une photographie publiée sur gaycultes m'a interpelé... Et j'en publie une autre série!

Icône: Tobias Schönenberg










Mais à quoi sert ce blog?

J’ai reçu un message très flatteur. Un message qui comparait les billets que je publie à des « notes de chevet ». Je ne saurais dire s’il y a quoi que ce soit de comparable, car ces billets sont vraiment sans prétention. Mais ce message me pousse aussi à me demander pourquoi j’écris. Et pourquoi, très souvent, je ne publie pas ce que j’ai écrit.
J’ai commencé ce blog pour avoir un espace à moi. Habitué à vivre dans des lieux qui m’accueillent de façon temporaire, pensions, internat, appartements de famille, chambres d’hôtel ou campements isolés, je n’ai pas l’occasion de poser mes valises. Il m’a plu et il me plait encore régulièrement de penser qu’il est un espace visuel et sonore qui est mien et que j’aménage comme je l’entends.
J’ai parlé, semble-t-il, dans mon premier billet, de m’épancher. Et il faut convenir que c’est un échec. Je suis resté cantonné à ce que je suis dans la vie réelle : allusif, silencieux sur ce qui m’anime et un peu farouche. Et pourtant. Que ce blog m’a déjà aidé au cours de ces quelques mois… Il m’écoute et me coûte bien moins cher qu’un psy. Peut-être un jour lui confierais-je davantage.. ! Mais la vraie raison est sans doute que je répugne parfois à publier certains billets pourtant rédigés.
Je crains bien souvent que mes considérations soient sans intérêt. Mais je crains par-dessus tout de livrer l’essentiel. Ce que je réserve pour une certaine personne. Alors je me tais et ne livre que des bribes…


Revue des deux mondes 1

Un fidèle lecteur de ce blog me demandait ce qu’impliquait à mes yeux ma double appartenance culturelle. J’avoue que la question m’a pris au dépourvu car si mes racines russes sont omniprésentes jusque dans les moindres replis mon quotidien, je n’ai jamais vécu les choses sur un mode double.
En guise de réponse, j’ai déclaré que la poésie d’Akhmatova me paraissait parfois bien plus forte en traduction française que dans le texte original. Pure provocation de ma part, un moyen comme un autre de gagner du temps.
Hier au soir, j’ai posé la même question à un ami qui a sensiblement le même âge que moi et a eu le même parcours au sein des milieux russes de France.
Il m’a simplement répondu : la réponse est sous tes yeux. J’ai regardé donc, avec attention. J’ai vu un samovar. Mon regard s’éclaire et je le désigne à cet ami. Non, me dit-il, ce n’est pas parce qu’on a une déco russe que l’on peut se réclamer d’une double appartenance. Je lève les yeux vers un portrait de Nicolas II. Non, ce n’était toujours pas ça. Monarchisme n’est pas Russie. Restaient quelques photos de famille dans des cadres d’argent, des oncles, des tantes à l’âge de l’enfance, en tenue de petits cosaques ou de petites paysannes russes. Rien de tout cela ne semblait répondre aux yeux de ses amis, à la double appartenance culturelle.
La réponse était effectivement sous mes yeux. Posée sur la table, entre nous deux, une bouteille de vodka. Je sentis monter en moi la tristesse : voilà tout ce que j’avais à répondre à Bashô : ma culture russe se résumait donc à ma consommation de vodka…
Mais cet ami avait autre chose en tête. La vodka a en effet quelque chose d’éminemment inscrit dans une pratique culturelle. Buvez du whisky et vous aurez l’air british. Buvez ce petit vin de pays, qui chez le vigneron vous paraissait si délicieux, et, malgré son acidité soudain si évidente, vous serez transporté jusqu’à votre dernier lieu de vacances. Mais qui apprécie la vodka ? Qui en goûte la saveur, la richesse d’arôme ? On vous répondra que la vodka vaut bien le gin pour faire un cocktail. Ou qu’elle est bon marché. Mais qui achèterait une bouteille de whisky à 10 euros ? Si la vodka n’est pas réservée à un public slave, elle est quelque chose de très peu immédiat. Elle demande présentation, introduction, fréquentation. S’il m’est naturel de boire de la vodka, de l’excellente vodka, si je ne me pose pas la question de mes racines en la consommant, elle m’est un plus. Un surcroît d’identité. Elle fait de moi, de façon récurrente, une sorte de passeur culturelle. Quelle joie de voir un Français enfin distinguer la qualité du grain, la qualité de la distillation.. !
Alors tant pis si j’entretiens la réputation de buveurs invétérés que peuvent avoir les slaves, je crois que toute bonne réflexion sur ma double appartenance culture commencera par là. Double culture il y a. Les effets de la vodka ne sont pour rien dans ce dédoublement d’être. Mais il y a aussi cloisonnement de deux mondes. Ainsi, je parle presque uniquement russe à la maison ou dans les cercles orthodoxes et les associations qui entretiennent la mémoire de la Sainte Russie, qu’il y ait des Français ou non. La politesse m’oblige seulement à ne pas les isoler de la conversation. Dès lors que je suis dans la rue, hors de ces cadres qui sentent le thé noir et l’encens, je ne parle que le français, même en présence de russophones. Il n’y va pas d’un choix de ma part. Juste un automatisme.
Je sais que je ne réponds que très imparfaitement à la question qui m’a été posée. Il faudrait notamment que je creuse un peu plus mon rapport à la poésie russe. Mais ce sera pour une autre fois !

mardi 7 juin 2011

Gemmologie, art et business

Je ne sais si cet article intéressera beaucoup de monde étant donné qu'il s'agit d'une interview en russe. Konstantin Kryukov, dont je parlais récemment, évoque sa collection de pierres précieuses et la façon dont il envisage la création dans ce domaine. Si l'on ne comprend pas le russe, il est toujours possible de regarder un bel homme très élégant s'exprimer sur ses passions!